I. Physiologie :
Au repos les dents ne sont pas en contact, il y a un espace libre entre les arcades dentaires. Les muscles masticateurs sont alors normalement détendus. Seul quatre
points sont en contact comme les pieds d’une chaise : les canines en avant et les dernières molaires en arrière. Les arcades dentaires sont en contact seulement 10% du temps : 3% lors
de la mastication et 7% lors de la déglutition.
II. Définitions :
1. le bruxisme :
Le bruxisme est une parafonction c'est-à-dire une habitude nocive du patient. Il comprend 2 variantes différentes :
Le clenching est souvent associée à d’autres parafonctions :
- l’onychophagie : se ronger
les ongles
- mordiller ses
stylos
- se mordiller souvent les
lèvres ou les joues
- mâcher souvent du
chewing-gum
Outre le fait d’abîmer les facettes dentaires par usure le grinding n’est pas aussi délétère que le clenching, s’est pourquoi cet article ne portera que sur le
clenching.
III. Pathologie
On parle de clenching lorsque les arcades dentaires sont en contact plus de 10% du temps. Le patient contracte, crispe les muscles de sa mâchoire durant de longues périodes. Cette crispation est
souvent inconsciente, elle peut avoir lieu le jour comme la nuit.
Différentes causes sont à l’origine du clenching :
- le stress qui est la cause la plus fréquente
- une mal occlusion : une sur ou
sous-occlusion, une dent manquante, peuvent déséquilibrer la mâchoire et entraîner un réflexe de serrement de dent.
Les conséquences du clenching dépendent de l’intensité de la parafonction : la dent est un organe tactile qui possède de nombreux capteurs très fins capables
d’évaluer des différences de l’ordre du micron. En étant sur sollicités par un contact prolongé les capteurs vont envoyer des messages nerveux nocisseptifs au noyau du nerf trijumeaux
(5e nerf crânien) qui lui-même va renvoyer des réponses via ses branches nerveuses:
- le nerf ophtalmique de Willis V1
- le
nerf maxillaire supérieur V2
- le nerf maxillaire inférieur V3
Il en découle des douleurs d’origine nerveuse au niveau du visage :
- des pommettes
- du front
- des tempes
- base du nez
- face interne des paupières
La crispation des muscles masticateurs est aussi entretenue par la sur sollicitation du nerf (nerf cranienV3 ou maxillaire inférieur) qui innerve la plupart d’entre
eux. Il s’installe alors un cercle vicieux : la crispation d’origine, issue du stress, est auto entretenue par la sur sollicitation du nerf.
Le nerf facial peut être irrité par la contraction du muscle masséter et entraîner douleurs et démangeaisons dans l’oreille au niveau du conduit auditif
externe.
L’hyper sollicitation des muscles masticateurs est à l’origine de douleurs et de maux de tête souvent marqués le matin (après une nuit de serrement) au
niveau :
-
des arcades sourcilières
- des tempes,
- de la région temporale, tout autour de l’oreille,
- des pommettes
- de la mâchoire inférieure
Les articulations temporo-mandibulaire (ATM) sont soumises lors du clenching à des forces de compression qui peuvent abîmer les ménisques temporo-mandibulaires et
être à l’origine de douleurs et de craquements ou claquements.
Le clenching peut être aussi à l’origine de :
-
cervicalgie
-
dorsalgie
- douleurs d’épaules
-
névralgies cervico-brachiales.
En effet les cervicales servent de point d’appuis lors de la déglutition et de la mastication, elles sont alors sur sollicitées pendant les périodes de clenching ce
qui peut entraîner des tensions musculaires et des douleurs jusqu’aux dorsales.
IV. Moyens thérapeutiques
Le traitement du clenching repose avant tout sur une prise de conscience et une réelle motivation d’en venir à bout : « le clenching me détruit mais
j’ai la possibilité de me guérir »
Le patient doit rechercher les facteurs psychiques et de stress qui l’amènent à serrer des dents. Il pourra ensuite essayer de lutter contre ce stress
par :
- la pratique d’un sport
- des séances de sophrologie
- la pratique du yoga
- parfois
une prise en charge psychologique peut être nécessaire
Le but va être de lever toutes les dysfonctions engendrées par le clenching au niveau crânien, et cervical pour permettre de soulager les douleurs.
Pour se faire l’ostéopathe va travailler sur :
- les muscles
masticateurs (masséter, ptérygoïdien, temporal) par des techniques d’étirements.
- la sphère
crânienne en relançant la mobilité crânienne.
- les vertèbres en
redonnant aux cervicales toute leur mobilité.
En supprimant les douleurs et en diminuant la sur sollicitation du nerf maxillaire inférieur, l’ostéopathe va casser le cercle vicieux de la douleur qui alimente le
clenching.
L’ostéopathie va être le départ de la prise en charge du patient, en lui faisant prendre conscience de son serrement de dents et en le mettant dans les conditions
optimales pour tenter de venir à bout du clenching. En effet si le patient ne fait rien par la suite pour perdre cette mauvaise habitude les symptômes réapparaîtront et tout le travail de
l’ostéopathe sera perdu.
Elle demande de l’implication et une réelle motivation.
Le sujet choisit une couleur de gommettes et l’associe à son clenching : « la gommette est là pour me rappeler que je ne dois pas serrer des dents, c’est
mauvais pour ma santé ».
Le sujet devra ensuite coller ces gommettes dans tout son environnement familier (portable, ordinateur, interrupteur, volant de voiture, bureau…).
Chaque fois qu’il en verra une, il doit se demander « est se que je serre des dents ? Si oui, je dois me relâcher, souffler, décrisper ma
mâchoire ».
Dans un premier temps le patient va réellement prendre conscience de son clenching, il verra les gommettes et essayera consciemment de diminuer son temps de
serrement.
Par la suite cela deviendra une habitude, un conditionnement. En effet le cerveau va enregistrer l’information de la façon suivante : « gommette = je
desserre les dents ». Ainsi, comme un réflexe, le sujet va desserrer les dents sans même s’en apercevoir, de façon inconsciente.
Parfois le serrement n’est pas dû qu’à une mauvaise gestion du stress, il faut alors envisager l’occlusodonthie qui permettra de traiter les déséquilibres occlusaux
comme une dent manquante, une sur ou une sous occlusion…
Le port de la gouttière permet de diminuer la pression exercée par les muscles masticateurs durant la nuit. La gouttière est réalisée par un dentiste ou
occlusodonthiste.
Dans les cas les plus avancées, il existe les myorelaxants ou les infiltrations pour soulager les crises aigüe.